Quand la culture et le communautaire se rejoignent pour faire du bien aux aîné·es : les Balconfiné·es à Rosemont.

Entrevue avec Marie-Paule Rozon, directrice artistique de Drôldadon et Magali Vaidye, agente de développement à la CDC de Rosemont.
 
► Comment l’initiative des Balconfiné·es a émergé puis s’est concrétisée, malgré le télétravail?

Marie-Paule Rozon : Pour moi, c’est né lors d’un événement Concerto-Expresso sur Zoom. J’entendais tout ce beau monde se préoccuper avec tant d’ardeur des besoins de la communauté. On se préoccupait beaucoup de l’enjeu de l’alimentation, et des aîné.es. Mais j’ai aussi pensé à l’autre type d’alimentation, qui n’est pas physique : la culture. Et je me suis demandé : qu’est-ce que je peux faire comme artiste? Qu’est-ce que je peux apporter à cette belle gang qui a une belle énergie et qui essaye de répondre aux besoins de la communauté? Alors j’ai tendu une perche, j’ai lancé cette idée très embryonnaire, et j’ai dit : en tout cas à Drôldadon, on pourrait apporter des moments de bonheur! On pourrait faire des prestations à l’extérieur, pour les personnes aînées!
 
Magali Vaidye : Une fois que l’idée était lancée, on a commencé à faire des liens avec d’autres acteurs du milieu. En rencontre d’équipe de la CDC de Rosemont, mon collègue Guillaume nous apprenait que notre membre Habitations Nouvelles Avenues (HNA) réfléchissait à une façon de souligner Pâques avec des actvités spéciales. Leur mission est de maintenir l’autonomie de leurs résident.e.s aîné.e.s dans 130 logements, et ils donnaient déjà des cours de yoga sous les balcons.
Donc la CDC a joué un rôle de mise en relation et d’arrimage entre Drôldadon, HNA, le Poste de quartier 44 (pour la sécurité), le CIUSS (pour le respect des normes sanitaires et sécurité), l’arrondissement (qui a offert un soutien financier), et le Centre communautaire Petite-Côte… tout en donnant un soutien aux communications.
 
► Après cette première représentation des Balconfiné·es à Pâques, comment l’initative a pris de l’ampleur? 
 
Marie-Paule : Le Centre communautaire Petite-Côte a soutenu financièrement et a aussi fait le lien avec des HLM du quartier où vivent des aîné.es. L’OMHM a fini par embarquer aussi, et c’est pour ça que nous faisons maintenant la tournée des HLM!
… Mais ça ne veut pas dire que ça peut aller n’importe où et n’importe comment après. Quand je parle à du monde d’autres quartiers, je leur explique d’abord comment c’est tricoté avec le milieu.
 
Magali : Les facteurs qui ont facilité la collaboration, c’est tout d’abord tout le travail fait en amont dans le milieu : les rencontres hebdomadaires multisectorielles et multiréseaux, ça offre déjà un espace où les opportunités peuvent s’exprimer. Ensuite, il y a un lien très fort, historiquement à Rosemont, entre la culture et le communautaire. C’est tous ces liens pré-existants qui ont permis que ça se fasse avec autant de fluidité.
 
► À quels besoins du milieu cette initiative répond-elle?
 
Magali : Déjà, et ça figure sur notre plateforme Décider Rosemont Ensemble : une de nos 5 priorités de quartier c’est de se préoccuper des personnes vulnérables. Dans le cadre du PIC aussi, on veut aller vers les personnes vulnérables. Il y a aussi tout un élément d’innovation dans ce projet : ça nous tient très à coeur à Rosemont qu’il y ait un lien solide entre le milieu des arts et de la culture, et le milieu communautaire.
 
Marie-Paule : Oui. Et toute la dimension de l’“Aller vers”. C’est très important. L’art de rue permet de faire du in situ, et ça nous permet justement de nous adapter et d’avoir une réelle proximité avec les gens. Ayant travaillé aussi en psychiatrie, c’est très important pour moi de contribuer au bien-être d’autrui. Le “Aller vers”, ça nous permet d’aller rejoindre différentes personnes dans différents milieux de vie, et on le voit encore plus en confinement.
 
► Qu’est-ce qui est particulier avec les formes d’art choisies par Drôldadon pour ces représentations?
 
Marie-Paule : J’avais envie de quelque chose de très stimulant : je voulais des interactions avec le public, et que plusieurs formes d’art se côtoient. C’est pour ça qu’on fait à la fois du théâtre, du cirque et de la musique. Il y a aussi des moments où le public participe en bougeant ou en chantant. On est beaucoup dans le théâtre clownesque, parce que les gens ont besoin de rire et ont besoin de joie! On est là pour colorer leur univers devenu sombre, et on sent que ça fait du bien, d’après les retours des gens. Ça met de la vie!
 
Magali : L’art de rue c’est un art en soi, ce sont des professionnel·les. C’est pas juste un spectacle qu’ils donnent, c’est une mise en relation avec les gens. Ils discutent, ils dialoguent, ils échangent!
 
Marie-Paule : Oui, au lieu de faire de la mise en scène, on fait de la “mise en façade”, pour que tout le monde puisse avoir accès visuellement au spectacle. On s’infiltre dans le milieu de vie, et pour un après-midi on vit avec les gens, parce que notre loge est dans la salle communautaire.
 
N’hésitez pas à contacter Marie-Paule Rozon : droldadon@bell.net pour plus d’informations, ou si vous souhaitez inviter Drôldadon dans votre quartier!