Le Festival de la Petite-Bourgogne : 35 ans de concertation pour célébrer la vie de quartier

Le Festival de la Petite-Bourgogne fêtait son 35e anniversaire le 12 septembre dernier. Une édition bien spéciale, étant donné le contexte sanitaire. Cela n’a pas empêché les habitant·es du quartier, les organismes et les commerçants à faire en sorte de rester « une communauté tricotée serrée », en toute sécurité.

Lisez notre ntrevue avec Catherine Joubert, agente de mobilisation à la Coalition de la Petite-Bourgogne, Michael Farkas, directeur de l’organisme Youth in Motion, Vicente Perez, coordonnateur de la Coalition de la Petite-Bourgogne :

À quoi ressemble ce festival? 

Michael : Il y a toujours plusieurs kiosques de nourriture, qui représentent tout le monde qui vit dans le quartier. La musique sur scène permet aussi à tout le monde de se retrouver : tu vas avoir de la danse folklorique tunisienne, de la musique d’Amérique du Sud, le groupe Mapou Ginen de danse haïtienne, du reggae, des groupes folkloriques celtiques, Bollywood Blast qui vient à chaque année, le People Gospel Choir… Vu que les communautés de la Petite-Bourgogne sont des communautés notamment noires, du Maghreb ou du Sud-Est de l’Asie, c’est gagnant parce que tout le monde peut se retrouver dans la programmation. Et tout le monde qui joue un rôle dans l’organisation ou la logistique est présent : les citoyen·nes, la Table de quartier, les organismes, les commerçants, la police, les pompiers.  

Il y a aussi un booth pour prendre des photos, un atelier de henné qui est très populaire, du monde rassemblé autour du barbecue… Une belle ambiance conviviale.

Et depuis qu’on a organisé le Festival du vivre-ensemble, je fais chaque année des quiz sur la diversité. Et on va chercher des prix de restaurants pour les gens qui participent.

Justement, qu’est-ce qui a été différent cette année avec le contexte de crise sanitaire?

Michael : On aime aussi rendre hommage aux personnalités importantes du Sud-Ouest, anciennes et nouvelles. On en choisit 5 ou 6 : des résident·es, des personnes du milieu institutionnel, du communautaire,… Et cette année pour compenser le quiz qui n’a pas eu lieu, on a honoré 10 bénévoles du quartier avec des grandes photos qu’on aimerait bien exposer quelque part.  

Et avec tout ce qu’il s’est passé après le décès de George Floyd, on a invité les jeunes à s’exprimer sur le sujet. C’était important après les événements reliés au mouvement Black Lives Matter.  

Puis d’habitude, on organise une fête avec un grand méchoui à l’occasion de la St-Jean, pour les habitant·es du quartier. Cette année, comme ça n’a pas eu lieu à cause de la covid, on a pu réaffecter les fonds pour ce 35e Festival de la Petite Bourgogne. 

Catherine : Cette année le festival se passait dans les locaux de la Coalition, avec l’exposition des photos des 10 bénévoles dans la salle communautaire. Donc oui, il y a eu plusieurs ajustements à faire cette année. Il fallait composer avec des normes sanitaires qui changent continuellement, et s’assurer qu’il y avait des masques et du gel désinfectant. L’arrondissement nous aussi prêté des barrières pour assurer la distanciation. Donc on a joué un rôle de soutien et d’appui au niveau du respect des normes sanitaires aussi.

Comment et pourquoi ce festival a-t’il été créé?

Vicente: Le festival a commencé il y a 35 ans. Au début, l’objectif était d’amener les groupes communautaires à travailler ensemble. Dans ce temps-là, les groupes anglophones et francophones travaillaient chacun de son côté. Et tout le monde s’est rendu compte qu’il y avait un besoin de mieux se connaître, de travailler ensemble et de mieux se faire connaître par la population.
 
Il y avait la Coalition de la Petite Bourgogne qui existait de façon informelle, et il y avait le comité Vivre Petite Bourgogne en Santé, qui ont par la suite fusionné il y a 26 ans pour devenir la Coalition de la Petite Bourgogne telle qu’on la connaît aujourd’hui. Quand les groupes communautaires ont commencé à travailler ensemble, le festival a changé de vocation. Il est devenu davantage une fête de quartier, pour amener les différentes communautés du quartier à se rencontrer, à interagir, à se rassembler. Je pense que c’est à ce moment-là que Michael a commencé à s’impliquer davantage dans l’organisation et dans l’animation. Il y avait un volet « Festivités jeunes » et c’était Michael avec son organisme Youth in Motion qui le tenait. 
 
Michael : Comme a dit Vicente, la Coalition n’existait pas réellement au tout début du festival. Et pour le contexte, il y avait beaucoup de violence en 1983, une certaine division sociale. Alors au départ, ce n’était pas les mêmes objectifs, mais ça a évolué avec les réalités du quartier. 

Racontez-nous des moments forts de l’histoire de ce festival

Michael : Je me rappelle surtout de l’année du 25e : avec Vicente on avait fait un effort particulier de levée de fonds cette année-là. Et au 30e, on avait marqué le coup au Parc Oscar-Peterson. On essaye toujours de se concerter encore plus quand on célèbre un chiffre important.

Aussi, il y a 3-4 ans, l’arrondissement du Sud-Ouest faisait une grosse réflexion sur le vivre-ensemble. Et il avait octroyé un financement de 25 000$ pour une activité rassembleuse de tout le Sud-ouest pour faire la promotion du vivre-ensemble. Comme c’était en même temps que l’organisation du Festival de la Petite-Bourgogne, ça nous a permis d’inviter tout le monde des autres quartiers. 

 Vicente : D’ailleurs lors de ce festival sur le vivre-ensemble, tou·tes nos élu·es ont signé la déclaration du vivre-ensemble du Sud-Ouest, une déclaration où l’arrondissement rappelait que tout le monde avait les mêmes droits dans nos quartiers. Cette déclaration soulignait notamment les Premières Nations, les Irlandais·es, et les communautés noires qui sont importantes dans l’histoire du quartier. Je pense que c’était le plus gros événement depuis très longtemps. 

Qui fait quoi, chaque année, pour que ça réussisse? 

Vicente : Dans une année normale, c’est principalement au sein du comité jeunesse qu’on en parle, et ça s’élargit par la suite. C’est Michael qui assure la coordination. Il fait des appels à tout le monde pour s’assurer de leur participation, il contacte les différents groupes pour savoir qui a besoin d’une table et qui va organiser des activités. Il y a une levée de fonds aussi à faire auprès des commerçants et des institutions du quartier; chacun·e contribue à la hauteur de ses moyens. La Table de quartier joue un rôle de soutien, de courroie de transmission, de facilitateur.  On ne prend pas un rôle décisionnel, mais on va s’assurer que tout le monde est au courant et se parle dans le quartier. Le plus important c’est que ça ne soit pas l’affaire d’une personne mais bien celle de tout le quartier. 

Catherine : Cette année avec Michael on a aussi pu conceptualiser l’événement, choisi les visuels et fait les affiches.

 Michael : Vu que c’est souvent moi qui assure la coordination et que l’organisme Youth in Motion est producteur de l’événement, il y a plusieurs tâches administratives à effectuer. On doit aussi aller chercher tous les permis auprès de l’arrondissement. On sollicite les trois paliers gouvernementaux pour un soutien financier (le fédéral, le provincial, et le municipal à travers ville-centre et l’arrondissement). Les organismes communautaires aussi contribuent selon leurs moyens, et les commerçants du quartier aussi. Puis quand le budget est assuré, on peut réserver les infrastructures, comme les gonflables pour les enfants, les scènes, les tables et chaises, l’électricité… Et effectivement on sonde plusieurs comités du quartier. Il y a des liens avec tout le monde à force de travailler ensemble à l’année longue, et depuis plusieurs années. 

Puis la journée même, il y a toute la logistique : la gestion des bénévoles, le son, etc. Mais l’ingrédient premier c’est le soleil. Pour amener les sourires, ça prend le soleil et ça fait toute la différence en termes d’achalandage le jour de l’événement.

Pourquoi ce festival est important pour le quartier?

Catherine : Ce type d’événements est très important pour renforcer notre tissu social. Ça nous permet d’échanger sur nos différentes cultures, sur l’espace qu’on partage, sur nos priorités… c’est aussi ça la vie d’un quartier et d’une Table de quartier. Et de pouvoir faire ça dans le fun, ça permet d’avoir un contrepoids par rapport aux difficultés qu’on peut vivre aussi. Ça permet d’amener de la joie. C’est rassembleur. On a besoin de ces bons moments ensemble, et encore plus en contexte de COVID. Au final, tous les efforts qu’on y met nous rapportent énormément sur les plans culturel et social. 

Michael : Ça donne une certaine dignité aux citoyen·nes, un sentiment de fierté, d’appartenance. Ça aide à être plus résilients comme communauté, à avoir une reconnaissance entre citoyen·nes et différentes personnes qui oeuvrent à rendre le quartier meilleur. Je pense que ce que j’aime le plus dans ce festival, c’est qu’il y a toujours une part d’inattendu, grâce à la magie qui peut opérer entre un·e citoyen·ne et un·e autre. La solidarité, l’entraide, les sourires, les familles… sont toujours au rendez-vous. Et ça nous aide à nous transporter jusqu’à l’année prochaine.